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Monotone. Qu'importe la vie que vous vivez, vous aurez inévitablement un moment, un instant de lucidité où vous penserez : « Ma vie est monotone, mes journées se ressemblent, je ne fais rien de particulier ». Et cela dérange. Selon le conditionnement humain, la monotonie de l'existence est perçue comme une offense à la vie, une punition existentielle, une tare à éliminer. L'être humain, de notre ère, a perdu du vue le principe basique de l'être vivant en parlant de manière générale : la survie et la procréation. A présent la vie doit être animée d'évènements divers étrangement favorables au perfectionnement de cette dernière - néfastes, défavorables, non, il s'agit là encore d'une autre question - plus franchement l'Homme aspire à vivre des expériences sans jamais ressentir de peine, d'abattement, de souffrance, comme s'il était capable de tout diriger, d'affronter sans baisser les yeux la fortune, de contrer tout obstacle, de décider de chaque seconde de sa vie pour être prospère jusqu'à sa mort, bien que s'il lui était possible de choisir, sans doute choisirait-il de ne jamais partir, sans réfléchir à la langueur que lui occasionnerait la vie éternelle. Il n'a pas encore saisi que la vie n'était véritablement entre les mains de personne, « prendre sa vie en main » n'est pas « parvenir à tout diriger », mais « se battre pour se donner la probabilité d'avoir ce dont on rêve ». Aller au-devant de l'aventure, de l'expérience, est s'exposer volontairement à de nombreux dangers, avec sur la plus haute marche celui de souffrir, puis la déception, puis bien d'autres encore dont la liste détaillée vous ferait frémir. Alors, dans ce cas, vu de ce point externe, il serait préférable pour tous les lâches de rester cloîtrer dans la vie platonique. Ou accepter que la vie puisse se révéler et se révèle souvent cruelle, béotienne. Mais souvent, très souvent, trop souvent, l'humain souhaite obtenir ce qui familièrement s'image ainsi : le beurre, l'argent du beurre et le séant de la crémière - ou du crémier selon le cas. Ce qui synthétise en peu de mots le complexe et confus matérialisme humain et son désir de se démarquer tout en restant à jamais en sûreté.
Paradoxal, n'est-ce pas ?
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« Depuis que je suis petite, on me dit que je suis unique. Je ne fais qu'appliquer le concept, à ma manière, en prenant l'expression dans ses grandes lignes sans prendre compte du fond de l'idée véhiculée par ceux qui me l'ont dit. Rien ne m'empêcherait d'être comme les autres, de suivre la mode, en théorie. Mais pour te donner une idée de l'inexplicable, considérons que l'Homme soit l'½uvre de Dieu. Dans ce cas, le Seigneur a évolué avec la Révolution Industrielle. Comme tout le monde. Il s'est mis à l'heure du fordisme et du taylorisme. Il a son usine de production à la chaine. C'est de cette usine que sort 99.9% de la population mondiale. Comme tous les grands patrons, notre bien-aimé Créateur s'ennuie. Alors, à ses heures perdues, il retrouve son amour d'antan : l'artisanat. C'est là qu'interviennent les 0.1% restants de la population. Par définition, dans l'artisanat, chaque pièce est unique et impossible à recréer à l'identique. C'est la différence entre moi et 99.9% de la population mondiale. Je sors de l'atelier d'artisanat. Par extension, personne ne m'est identique et je ne suis identique à personne. Il faut un certain temps pour s'y adapter. Mais une fois cette idée bien intégrée, tout le monde le remarque sans savoir le couvrir par des mots et sans pouvoir le comprendre. C'est pour cette raison qu'il n'y a pas de juste milieu. Les gens me haïssent ou m'adorent, pour autant, ils m'admirent toujours. »
[tiré d'une lettre envoyée à Yann]
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Photo :: Un passant sur Shibuya - Tôkyô (Japon), Avril 2008
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